2017

ILS RACONTENT LEUR MILLÉSIME

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Mercredi 07 février 2018

Directeur de Ciatti Europe |

Florian Ceschi : “Suite à cette campagne 2017, la France redevient compétitive”.

Ciatti se positionne comme le leader mondial du courtage en vins, spécialisé en vrac. Avec ses 8 bureaux répartis sur les zones de production et de consommation dans les hémisphères nord et sud. Son siège social est basé en Californie.

Actualité : L'agence montpelliéraine, une des premières ouverte à l'international, va fêter au mois de mars 2018, ses 20 ans.

Une production en baisse
Avant de s'intéresser à la nouvelle campagne 2017, il est important de faire le point sur la précédente. En fin de cette dernière, les stocks étaient plutôt importants, les marchés, peu dynamiques et les cours avaient tendance à fléchir. La prévision de récolte de juillet 2017 prédisait de bons volumes. Puis, une révision a été faite plus tard, annonçant “une légère baisse”. Mais bien en deçà du réel volume en cave à la sortie des vendanges. Avec la sécheresse qui s'est installée durablement dans le Languedoc, les rendements en jus ont été plus faibles. Cumulés à la vague de gel de la fin avril 2017, la production sur ce millésime s’est avérée, bien plus basse que les estimations. Précisons que nous sommes toujours en attente des chiffres officiels. Côté qualitatif, les rouges ont de belles couleurs et des degrés. Les blancs sont plutôt chauds, sauf ceux qui ont su être ramassés au bon moment pour garder leur fraîcheur. Les rosés, avec les petites baies concentrées de ce millésime, ont demandé plus de travail en cave pour obtenir une teinte plus claire.

La main tendue de la coopération
La baisse de récolte a redonné le pouvoir à la production. Le fait marquant (et nouveau) de cette campagne est la main tendue de la coopération vers le négoce. Elle a organisé rapidement des rencontres avec le négoce afin de proposer la mise en place d'un contrat pluri-annuel. Avec un message clair : “malgré la perte de récolte de 30% en moyenne, nous ne souhaitons pas appliquer une augmentation de prix équivalente”. A condition d'avoir ce contrat pluri- annuel et un tunnel de prix pour fixer la juste valeur. Dans les faits, les gros opérateurs, comme Grands Chais de France et Castel, qui ont des marques fortes à servir et qui connaissent leurs besoins prévisionnels, ont été à l’écoute. Mais les autres opérateurs venant en Languedoc pour acheter des vins qui alimentent d'autres gammes que les marques établies, n'ont pas pu s'engager sur 3 ans. Le marché est trop volatil. Cette année, ils savent où ils vont. Pas l'année prochaine.

Un marché vrac actif et des cours stables en conventionnel
Le marché a eu de la peine à démarrer. Au tout début. La contractualisation a commencé par les rosés. Et, les cours se sont emballés. Les transactions ont été en termes de volumes, très importantes et très actives, comparativement à 2016 voire à 2015, qui étaient déjà des années actives. Aujourd’hui (le 7 février 2018), nous n'avons que quelques citernes en réserve. A la même époque en 2016, nous pouvions fournir dans toutes les catégories et dans toutes les couleurs. Coté prix, tous les ans et comme dans tous les autres pays, les cours des vins en vrac du Languedoc évoluent. En conventionnel, ils sont en 2017 par rapport à 2016, plutôt stables. Contrairement aux vins bio.

Un marché bio très tendu
En 2016, nous n’avions déjà aucune réelle disponibilité sur les blancs bio. Les rosés étaient presque introuvables, aussi bien en IGP qu'en Vin de France. Certains rouges étaient encore disponibles jusqu'en juillet 2017. Mais en l'espace de quelques semaines, le marché s'est emballé et les quelques lots qui restaient, ont tous été achetés. La campagne 2017 a donc attaqué avec une tension extrême sur toutes les couleurs. Pour les nouveaux opérateurs, les rosés et les blancs sont introuvables et les rouges sont peu nombreux. Sans parler de la flambée des prix qui se situe, par rapport au conventionnel, à + de 50% en rosé comme en rouge et à 100% sur certains vins blancs. Cette situation ressemble à une bulle spéculative...

Des contractualisations terminées
A la veille de Vinisud, les courtiers ont presque fini leur travail. Le plus gros des volumes s'est déjà contractualisé. C'est à présent, aux forces de ventes d'aller convaincre leurs importateurs et autres acheteurs de passer ces prix et ces volumes validés. De notre côté, nous nous tournons vers l'hémisphère sud, avec les vendanges qui attaquent en Afrique du Sud et en Australie, et qui vont bientôt débuter au Chili.

Quid de la production 2018
Les volumes 2017 sont donc à nouveau en baisse par rapport aux deux millésimes précédents. Les dernières prévisions de récolte de l'OIV pour la France sont à 36,7 millions d'hl. En 2016, la production était à 45,2 millions d'hl et à 47 millions d'hl en 2015. La perte avoisine 10 millions d'hl sur deux ans. Que va-t-il se passer l'année prochaine si la récolte est importante, voire juste normale ? Est ce que les opérateurs seront capables d'absorber 5 voire 10 millions d'hl supplémentaires au niveau national ?

La France redevient compétitive
Avec cette petite récolte mondiale, c'est la première année où la France a des cours, sur ces marchés vrac, alignés sur tous les autres gros pays producteurs. Dans le passé, l'écart était avec l'Espagne de 50%, d'environ 35% avec le Chili. A date, sur ces deux exemples, la France est au même prix, voire sur certaines catégories, elle est moins chère. Les cours sont restés plutôt stables ici. Contrairement, aux autres pays producteurs qui ont nettement augmenté. La France redevient compétitive. Elle peut espérer s'ouvrir de nouveaux marchés.

Florian Ceschi, directeur de Ciatti Europe