2017

ILS RACONTENT LEUR MILLÉSIME

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Lundi 08 janvier 2018

Président de l’AOC Languedoc-Grès de Montpellier et vigneron du domaine La Triballe. | Retrouvez son témoignage 2016 

Olivier Durand : "2017 est comme 2016, un millésime exceptionnel, mais en très faible quantité".

L’AOC Languedoc-Grés de Montpellier fédère 53 vignerons et 4 caves coopératives. Sa production, en constante évolution, est en 2017, de 9 500 hl.
Sur son domaine "La Triballe", Olivier Durand gère en bio, 11 ha en AOC Languedoc-Grés de Montpellier et Pic Saint-Loup et 5,5 ha en IGP Saint-Guilhem le Désert.

Actu : L’AOC Languedoc-Grés de Montpellier va dès cette année déposer auprès de l'INAO, sa demande de reconnaissance en appellation “Grés de Montpellier”.

Sur le domaine, les vendanges se sont déroulées de fin août jusqu’à la dernière semaine de septembre.


Un cycle marqué par le gel et la sécheresse
Le début de cycle a bien débuté grâce aux pluies hivernales. Avec l'hiver doux, la plante a débourré précocement. Les trois jours de gel de la fin avril ont touché de façon inégale les vignes de l'appellation. Certaines parcelles ont gelé à 70%, d'autres à 30%. Celles en hauteur et à l'est ont été épargnées. Mais globalement, l'impact sur la récolte a été important. Par ailleurs, avec les températures chaotiques du printemps - chaudes-froides et à nouveau chaudes-froides, la végétation a poussé de manière irrégulière sur les parcelles. A partir de la fin mai, la sécheresse s'est installée durablement. Avec comme effet positif, l'absence de maladies. Seule une petite attaque de mildiou, sans conséquence, est arrivée fin juin. Les mois de juillet et août ont été marqués par de fortes chaleurs et du mistral. Ce vent a accentué le phénomène de sécheresse. Notons que depuis 10 ans, sur le Languedoc, nous n'avons plus d’épisodes orageux entre la mi-juillet et la mi-août. Ils permettaient à la plante de résister à la canicule. Cette année, seules les vignes en bord de mer, ont mieux résisté grâce aux entrées maritimes. A la veille des vendanges, les vignes étaient globalement sur l'appellation, en stress hydrique. Sur certaines parcelles, les feuilles tombaient. C'était l'automne avant l'heure ! Sur le domaine, les vignes ont un peu moins souffert. Grâce notamment au travail de labour. Les vendanges ont débuté à "La Triballe" avec une semaine d'avance. L'objectif cette année était d'avoir une maturité et une récolte optimums.

Les sangliers, un problème récurrent.
Les sangliers impactent fortement les vignerons. Certains ont perdu 20% de raisin. On n'arrive plus à les contenir. Je vais devoir clôturer, même si c’est une hérésie écologique. La démographie des sangliers est proportionnellement inverse à la démographie des chasseurs. Les solutions sont peut-être à trouver du côté du tourisme de chasse et des tirs de nuit.

Les volumes sont sur l'ensemble de l'appellation, en baisse de 15 à 25%. Sur mon domaine, mes rendements sont en moyenne de 25 hl/ha. L'année dernière, ils étaient déjà bas, autour de 30 hl/ha. Nous ne pourrons pas tenir une année de plus avec de si faibles volumes. Les prix de revient augmentent. Et en dessous de 30 hl/ha, on est sous le seuil économique. La majorité des vignerons est dans ce cas.

Des solutions pour enrayer la sécheresse
Agronomiquement parlant, il ne faut pas se tromper. Les vignes doivent être bien tenues. Un décompactage en automne favorisera l’enracinement profond et permettra aux pluies automnales et hivernales de pénétrer plus facilement ! Il faut aussi éviter toute forme de concurrence, notamment celle de l'herbe. Il ne faut pas non plus négliger la fertilisation…. Travailler ses vignes et ses sols est primordial, mais ce n'est pas suffisant. L'autre point important, pour ceux qui le peuvent, c'est l'irrigation. Si les pluies estivales ne se présentent pas, il faut pouvoir irriguer ou arroser la plante. Il est urgent d'assouplir davantage cette réglementation. Il suffirait de 40 mm d'eau la nuit pour amener les raisins à parfaite maturité sans risque de perte de récolte. Et tout simplement, pour sauver la vigne qui depuis 2 ans souffre de cette sécheresse. Il faut tenir compte de cette très faible hygrométrie qui met en danger la plante.

En cave, un excellent millésime
Les vinifications se sont bien déroulées. Aujourd'hui, en cave, les vins sont très équilibrés. Les jus sont magnifiques avec une très belle structure. Ils sont élégants, parfumés et avec une longueur en bouche remarquable. En résumé, 2017 est un excellent millésime que l'on aurait aimé plus abondant.

Trouver le "bon" prix
La qualité du millésime n'est pas en cause. Le problème est économique. Les vins vont manquer. Tous les clients ne pourront pas être fournis. Nous allons devoir augmenter un peu les prix, mais nous ne pourrons pas les multiplier par deux. Les pertes financières seront loin d'être compensées. Le cours du vrac qui se situe pour notre appellation entre 250 et 300 €/hl, est d'une part en dessous du prix de revient. D'autre part, il ne reflète pas la vraie valeur des Grés de Montpellier. 400 €/hl serait le prix logique. D'autant plus que nous sommes sur un marché naissant. Nous devons dès à présent le tirer vers le haut.

Olivier Durand,
Président de l’AOC Languedoc-Grés de Montpellier et vigneron du domaine La Triballe