2014
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Jeudi 27 novembre 2014

ICV Béziers | Retrouvez son témoignage 2015 

Thierry Trébillon : "De grandes disparités dans le pourtour méditerranéen et en particulier sur le biterrois".

Thierry Trebillon est œnologue consultant à l'ICV Béziers. Il gère une quarantaine de domaines, principalement des caves particulières, en appellations Saint-Chinian, Faugères et en IGP Haute Vallée de l'Orb, Coteaux de Murviel, Monts de la Grage.

Les vendanges se sont déroulées du 20 août et jusqu'à début octobre 2014.

Des vendanges de plus en plus longues

Les vendanges ont débuté dans la moyenne des dix dernières années : vers le 20 août sur les plaines et le littoral et début septembre dans le piémont et les coteaux (pour la partie précoce de cette zone AOP). L'important épisode orageux au nord de Béziers du 17 septembre a précipité les récoltes. Or, dans les zones AOP tardives, le raisin n'étant pas arrivé à parfaite maturité, il a fallu être patient jusqu'à un certain point, puis raisonnable selon l’état sanitaire...La récolte s'est ainsi étalée pour se terminer seulement début octobre.


La sécheresse, l’encépagement, deux facteurs importants de la baisse des rendements

La climatologie a marqué le millésime 2014. L'hiver et le printemps ont été très secs et doux. Le déficit hydrique a été extrêmement important, surtout sur le biterrois (*voir carte IFV à la fin de l'article). Heureusement, les pluies de cet été ont été salvatrices. Grâce à ces perfusions régulières d'eau, la vigne n'a pas trop souffert. Nous avons réussi, contre toute attente, à avoir des maturités sans stress, sans blocage malgré le manque d'eau. La sécheresse a surtout impacté le biterrois qui accuse une baisse de rendements de l'ordre de -25% par rapport à 2013. Il est de -18.5% sur l'Hérault, seulement de -2,6% sur l'arc méditerranéen et la Vallée du Rhône selon les estimations du Groupe ICV.

 

L'encépagement est un facteur prédominant de cette baisse de rendements. Le déficit en rouge vient principalement du merlot. Ce cépage a très peu produit dans le biterrois alors qu'il est très présent. A l'inverse, le grenache (en blanc et en rouge), peu planté dans cette zone, a été très généreux. Il y a peu de syrah également. Seuls le cabernet, le carignan et le mourvèdre sont dans la norme. En blanc, le rendement est aussi beaucoup plus faible, notamment à cause du chardonnay. Ses cours augmentent d'ailleurs de 20%.

 

Un autre facteur essentiel à prendre en compte : le secteur. Sur les coteaux et les plateaux caillouteux, là où la vigne a un enracinement profond, les rendements sont équivalents à ces trois dernières années. La baisse a surtout été constatée dans la plaine, là où la vigne, moins enracinée, supporte difficilement les variations climatiques. Dès le débourrement, elle a manqué d'eau. C’est un phénomène exceptionnel. Dans les rares cas où l’irrigation est possible, elle n'a pas été déclenchée à temps car elle est habituellement utilisée pendant la période estivale pour éviter les blocages de maturité. Par conséquent, le débourrement a manqué de vigueur et l'irrigation tardive n'a pas suffi à compenser.

 

Une très belle acidité en rouge et en blanc

Les vinifications se sont parfaitement déroulées. Nous avons été surpris par le potentiel phénolique des vins rouges. Les couleurs sont apparues très rapidement, peut être moins sur les grenaches, et encore. Nous avons pu travailler les marcs très librement. Toutes les pratiques d'extraction (pigeage, délestage, remontage) ont été utilisées aussi longtemps que souhaité. Cette bonne surprise se retrouve aujourd'hui dans les vins. La matière est très belle. Ce millésime sera marqué par le grenache en proportion. Il aura plus de caractère, de fruits. Sa structure intéressante se fera plus ressentir grâce aux acidités. L'alcool sera donc moins chaleureux. Et sur les terroirs de schistes au ph très élevé, c'est une chance. C'est d'ailleurs grâce à cette acidité que les fermentations se sont si bien déroulées. Cette année, mon coup de cœur va au mourvèdre dans les zone où il a eu la tête au soleil et les pieds dans l’eau !

Sur les blancs, nous retrouvons également cette belle acidité. Nous pratiquons encore le bâtonnage sur certains cépages comme la roussane, le grenache, le rolle ! Quant aux chardonnays qui ont très peu produit cette année, la concentration aromatique est très belle.

 

Nous avons organisé hier soir (jeudi 27 novembre) une grande dégustation à l’occasion de nos « Rencontres Millésime ». 2014 est ressorti comme un millésime aromatiquement méditerranéen et tonique au niveau de l'équilibre en bouche.

Sur les parcelles très tardives qui ont souffert, les assemblages vont pouvoir rattraper le millésime.

De l'avis général, si on avait plus de vin en cave, tout le monde s’en réjouirait. Dans les domaines où les rendements sont faibles, la hausse des prix ne rattrapera pas le déficit. Heureusement que le contexte économique est favorable.

 

Thierry Trebillon , œnologue consultant à l'ICV Béziers

(Appellations Saint-Chinian, Faugères, en IGP Haute Vallée de l'Orb, Coteaux de Murviel et Monts de la Grage).

 

*  : carte IFV datant de Mars 2014 qui illustre très bien le déficit hydrique des sols du biterrois à cette période.